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TRUMP FACE À L’IRAN : POURQUOI LA GUERRE POURRAIT NE PAS AVOIR LIEU

Alors que le monde retient son souffle face à une possible intervention militaire américaine contre l’Iran, la plupart des observateurs annoncent cette guerre comme une fatalité.

Pourtant, un scénario alternatif demeure largement ignoré : celui d’un refus stratégique de Donald Trump d’engager les États-Unis dans un conflit majeur au Moyen-Orient. Ce choix, loin d’être une marque de faiblesse, s’appuie sur une analyse froide, réaliste et pragmatique des enjeux militaires, politiques, économiques et moraux.

. Il s’inscrirait dans la continuité de sa doctrine personnelle, bien différente de celle de ses prédécesseurs.

Dans cette série en trois volets, nous décortiquerons d’abord les raisons qui pourraient amener Trump à privilégier la retenue. Nous aborderons ensuite les conséquences internationales, puis les implications internes aux États-Unis.

  1. Le refus éventuel de Donald Trump d’entrer en guerre contre l’Iran : une décision stratégique

Une telle décision serait fondée sur plusieurs considérations stratégiques :

  1. Le risque nucléaire incontrôlable : la peur du cataclysme

Une attaque contre les sites nucléaires iraniens pourrait engendrer une riposte indirecte, par l’intermédiaire de groupes armés alliés (Hezbollah, milices chiites, Houthis, Corée du Nord Pakistan ou éventuellement Chine) . Le risque d’escalade nucléaire, même asymétrique, serait colossal. Les conséquences humaines et environnementales toucheraient toute la région, voire au-delà. Trump, soucieux de son image historique et du coût humain d’une guerre, ne souhaite pas être celui qui aura déclenché un conflit aux conséquences planétaires. Un tel scénario entacherait durablement son héritage.

  1. L’incertitude militaire : une humiliation stratégique potentielle

Les sites sensibles iraniens pourraient être profondément enfouis, protégés par des systèmes de défense avancés. Les États-Unis n’ont aucune garantie de succès dans une opération éclair, malgré leurs bombardiers B-2 et missiles de précision. Un échec serait une humiliation retentissante pour l’armée américaine, comparable aux revers en Irak ou au Vietnam. Trump, homme de calcul, refuserait d’exposer ses forces à un tel risque d’échec.

  1. L’Iran est prêt : une guerre longue et ruineuse

Contrairement à l’Irak ou à la Libye, l’Iran s’est préparé depuis des décennies à une confrontation majeure. Il a investi dans des capacités de guerre asymétrique, dans la résilience de son appareil militaire, et dans des alliances régionales redoutables. En cas d’attaque, l’Iran activerait plusieurs fronts. Trump, pragmatique, sait que ce serait une guerre longue, ruineuse et probablement ingagnable.

  1. Israël s’est piégé lui-même : Trump n’ira pas se sacrifier

Israël, en voulant imposer une guerre éclair à l’Iran, semble avoir sous-estimé son adversaire. Loin d’être désorganisé, le pouvoir iranien a fait preuve de stabilité, de calcul et de sang-froid. Les renseignements américains le savent. Trump aussi. Il comprend que s’aligner sur Tel-Aviv dans une aventure mal préparée pourrait transformer les États-Unis en co-belligérants d’un conflit interminable. Il ne veut pas de cela.

  1. Le facteur énergétique : la menace du détroit d’Ormuz

Une attaque contre l’Iran entraînerait sans doute la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite un tiers du pétrole mondial. Le choc sur les marchés énergétiques serait immédiat. Les prix à la pompe exploseraient, fragilisant l’économie américaine et, surtout, l’électorat de Trump. Or, Trump mise sur la stabilité économique pour asseoir sa présidence et obtenir une majorité confortable. Il n’ouvrira pas une guerre qui pourrait ruiner son électorat.

  1. Une retenue morale ou religieuse inattendue

Même s’il n’est pas un homme d’église, Trump a su construire un lien fort avec l’électorat chrétien conservateur. Dans un sursaut, ou par stratégie, il pourrait estimer que les États-Unis n’ont pas vocation à provoquer une guerre de religion, à bombarder un pays chiite, ou à être perçus comme l’oppresseur du monde musulman. Ce calcul moral, voire théologique, pourrait peser dans sa décision.

  1. Une fidélité à sa doctrine anti-interventionniste

Donald Trump a été élu, entre autres, pour sa critique des interventions militaires de ses prédécesseurs. Il s’est toujours opposé aux « guerres inutiles ». En refusant d’attaquer l’Iran, il resterait fidèle à cette ligne. Il veut incarner le président du deal, pas celui du chaos. Ce serait sa façon à lui de préserver sa marque politique : celle d’un chef fort, mais prudent.

  1. Une simple guerre psychologique : l’agitation sans intention réelle

Malgré les discours musclés, les déclarations martiales, les ultimatums et les démonstrations de force, rien ne prouve qu’une offensive était véritablement planifiée. Pour un stratège averti, tout cela peut relever d’une guerre psychologique visant à tester, affaiblir ou pousser l’adversaire à la faute sans intention réelle d’entrer en guerre. Trump, fin tacticien, a pu orchestrer cette tension comme une manœuvre de dissuasion, et non comme un prélude à l’action militaire.

En conclusion à cette premiere partie je pense que le refus d’intervenir en Iran ne relèverait donc pas de la peur ou de l’impuissance, mais d’un calcul froid, précis et conforme à la logique politique propre à Donald Trump. Loin des instincts bellicistes d’une partie de l’establishment, cette décision s’ancrerait dans une lecture lucide des équilibres militaires, géoéconomiques, spirituels et même historiques.
Elle traduirait un basculement stratégique majeur : pour la première fois, une puissance mondiale pourrait choisir délibérément la retenue, face à un engrenage qui ne promet ni victoire rapide, ni bénéfices clairs, mais seulement le chaos.
Un chaos que Trump ne souhaite ni pour l’Amérique, ni pour son héritage personnel.

Cette réflexion se poursuivra demain avec un second volet consacré à l’impact géopolitique mondial de ce refus d’intervention :

Quelles conséquences pour Israël ?

Quelle lecture du monde musulman ?

L’Occident perd-il son influence en refusant ou en ratant une guerre ?

Quel avenir pour les relations internationales dans un monde sans règles claires ?

Puis, après-demain, un troisième et dernier volet analysera les répercussions sur le multilatéralisme, l’ordre mondial et les organisations internationales, de plus en plus discréditées et contournées.

Les journalistes, analystes ou chercheurs souhaitant obtenir en amont les deux prochains volets ou échanger sur ces hypothèses peuvent me contacter directement.
Je reste disponible pour tout débat ou contribution constructive.

Magaye GAYE
Économiste international
Ancien Cadre de la BOAD

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